QU'EST-CE QUE L'HOMEOPATHIE Imprimer

QU’EST-CE QUE L'HOMEOPATHIE ?

Il n’est pas si simple de répondre à cette question tant les idées fausses masquent la vraie réponse. Commençons donc par nous défaire de certains « clichés ».

Une médecine par les plantes ?

Non. Pas du tout. Si l'homéopathie utilise très largement des plantes dans son arsenal thérapeutique, celui-ci ne s’y résume pas. De très nombreuses substances minérales et animales sont également partie constitutive de cet arsenal.

Une médecine qui soigne le mal par le mal ?

Si l’on veut, mais cette idée n’est qu’un avatar très approximatif de la règle de prescription qu’utilise l'homéopathie. A savoir de prescrire, à doses infinitésimales, au patient une substance susceptible de provoquer chez des sujets sains une symptomatologie très semblable. Pour autant, on ne peut se résoudre à considérer qu’indiquer comment une discipline procède équivaut à une définition. Définir suppose de répondre à la question « Qu’est-ce que… ? » et non pas à la question « Comment met-on en œuvre cette discipline ? ».

Une médecine douce ?

C’est indiscutablement vrai. L'homéopathie est une médecine douce et les effets secondaires des médicaments homéopathiques sont rares et, surtout, peu marqués. Mais il ne saurait être question de définir l'homéopathie seulement ainsi. Ce serait beaucoup trop réducteur et sa douceur d’action ne suffit pas à justifier l'homéopathie.

De plus, rappelons que l’action du remède homéopathique n’est pas constamment « douce » puisqu’on observe régulièrement des aggravations temporaires, certes, généralement mineures et toujours réversibles. Celles-ci demandent, le plus fréquemment, simplement d’attendre le retour à l’équilibre, soit, plus rarement, une modification du traitement (changement de dilution ou changement de remède).

 

Une médecine complémentaire ou alternative ?

Alternative

Bien sur, c’est une caractéristique de l'homéopathie, une réalité. L'homéopathie est une thérapeutique alternative dans la mesure où elle propose (comme l’acupuncture par exemple) une autre thérapeutique que l’allopathie pour soigner une même affection. Elle peut également représenter une alternative du fait de sa moindre nocivité, son faible coût, (un tube de granules homéopathiques coute 1  Euro 80 seulement), et plus respectueuse de la globalité de la personne. Mais il ne saurait être question de se contenter de définir l'homéopathie comme alternative.

En effet, l'homéopathie ne propose pas seulement un choix alternatif à l’allopathie pour un certain nombre de pathologies. Il convient de comprendre que chaque discipline a sa propre logique et, de ce fait, « son » champ d’action bio-logique (conforme aux caractéristiques du vivant) de prédilection. Il ne s’agit pas seulement d’offrir un choix, il convient de comprendre que l'homéopathie est, très souvent, l’approche la plus intéressante et la plus performante pour de nombreuses pathologies, et pas nécessairement de faible gravité.

Complémentaire

Oui mais en quel sens ? Bien sur, l’homéopathie peut être complémentaire, au sens de venir prêter main forte, à l’allopathie dans certains cas particulièrement lourds et organiques en permettant de mieux stabiliser l’affection en question, de diminuer la thérapeutique allopathique, et/ou de mieux la tolérer (cas des affections cardio-vasculaires, neurologiques, cancéreuses, psychiatriques de très grande gravité).

Pour autant, on ne peut faire un partage gravité/bénignité, comme si l'homéopathie ne pouvait être vraiment utile, seule, que pour les « choses légères » et devait, forcément, se mettre au service, au second plan, par rapport à une allopathie qui, elle, se consacrerait aux pathologies lourdes.

Il nous faut approfondir ce point. L'homéopathie pouvant très bien s’avérer très utile, en première ligne, en première intention, dans des pathologies lourdes, seule, ou en association véritablement complémentaire, c'est à dire que chaque thérapeutique fait une part essentielle d’un travail que l’autre est moins bien placée pour assurer.

Une médecine naturelle ?

Tout d’abord, même s’il faut toujours chercher à œuvrer en son sens, il convient de ne pas déifier la nature. Il ne faut pas compter sur la Natura Medicatrix (c’est-à-dire la capacité naturelle du malade à se guérir par lui-même) pour soigner une méningite bactérienne ou l’état d’agitation dangereux d’un délire psychotique par exemple.

Aussi faut-il, parfois, la « violer » et ne pas la respecter pour sauver un malade, par exemple, pour faire des anesthésies, des transplantations d’organes, de l’orthopédie, etc. et ceci pour le plus grand bien des malades, c'est à dire, concrètement, ou potentiellement, de chacun d’entre nous tous.

Bien sur, on peut penser en termes de médecine naturelle en raison de la dimension naturelle des médicaments homéopathiques. Mais qu’un médicament soit d’origine naturelle n’est ni une fin en soi, ni un gage positif a priori puisque de nombreuses substances naturelles ne sont pas dénuées d’effets toxiques et secondaires parfois redoutables. De plus, la « médecine classique » utilise, elle aussi, des substances naturelles (beaucoup d’anti-cancéreux sont ainsi issus de substances naturelles).

Le côté « naturel » de l'homéopathie qui nous semble le plus important à mettre en avant et qui semble, aussi, le plus positif, est plutôt son aptitude à solliciter, pour le soin et la guérison, la mise en jeu des capacités naturelles d’auto-défense, d’autorégulation et d’auto-guérison de l’organisme. La caractéristique de l'homéopathie est de ne pas se substituer à l’organisme (comme le fait un antidiabétique ou un antibiotique) mais de l’amener à se « ressaisir » et retrouver ses capacités d’auto-guérison.

De ce point de vue, l’intervention des moyens thérapeutiques allopathiques est, au sens propre, artificielle, puisqu’il s’agit de « forcer » l’organisme : d’obliger la paroi artérielle à se relâcher (contre l’hypertension artérielle), d’empêcher l’estomac de sécréter ses sucs très acides (contre l’ulcère d’estomac), de bloquer l’ovulation (pilule anticonceptionnelle), etc.

 

 

 

Idées directrices de l'homéopathie :

Quelques éléments de présentation. L'homéopathie replace la maladie dans sa dimension de maladie vécue. Elle le fait en prenant en compte plusieurs éléments :

Ø Localisation : l'homéopathie ne se contente pas des termes vagues et s’attache à préciser très finement, au plan « géographique », les troubles du patient. Pour elle, le diagnostic de migraine sera, par exemple, très insuffisant. Elle s’attachera à savoir si le mal de tête est unilatéral, si oui, droit ou gauche, s’il s’agit d’une douleur de la tempe, de l’arrière du crâne, du front, etc.

Ø Sensations : le médecin homéopathe fera préciser la nature de la douleur. La céphalée est-elle à type de compression (par exemple, sensation d’être serré comme dans un casque), s’agit-il de battements (comme les pulsations du cœur), le patient a-t-il l’impression que sa tête va exploser, etc.

Ø Modalités : il s’agit, ici, de prendre en compte les facteurs qui modifient sensiblement, dans le sens de l’amélioration, du soulagement ou de l’aggravation, le symptôme du patient. Le mal de tête peut être soulagé immobile ou, bien que ce soit peu fréquent, en courant. Mieux au chaud ou, au contraire, améliorée dans une pièce fraiche. Les modalités horaires sont également importantes. On peut être plus mal le matin, l’après midi ou la nuit, etc.

Ø  « Les causalités ou suites de » : ce concept se distingue de celui de cause au sens classique du terme. Il ne s’agit pas de phénomènes qui ont provoqué la maladie mais de faits, d’évènements, de circonstances, du contexte dans lequel ou après lesquels celle-ci s’est développée. La migraine peut être apparue après un chagrin, une colère, avoir mangé un aliment avarié, pris froid à la tête, etc. autant de circonstances qui vont influencer le choix du traitement homéopathique à prescrire au patient.

 

Et d’ailleurs, est-ce une médecine ?

Cette question est capitale. Une médecine, suppose un système entier de données fondamentales, de moyens diagnostiques et de traitements. De ce point de vue, l’on parler de médecine chinoise, en contraste à la médecine occidentale, au sens où cette médecine chinoise obéit à des références à ces trois niveaux différentes de celles de la médecine occidentale.

En revanche, l'homéopathie s’inscrit complètement dans l’histoire de la médecine occidentale et, dans ses relations délicates avec la "médecine classique", se rejoue la vieille dialectique et concurrence entre les deux modèles, ontologique et dynamique, qui parcourt l’histoire de la médecine de l’antiquité grecque à nos jours. Par ontologique, l’on veut surtout dire que la maladie est due à un « être », un agent extérieur. Par dynamique, qu’elle résulte d’un déséquilibre interne.

Nous pouvons émettre l’idée que l'homéopathie, tout comme l‘allopathie, ne méritent, ni l’une ni l’autre, le titre de médecine à part entière. Elles représentent, bien plutôt, deux modalités (complémentaires et, d’une certaine façon, concurrentes) de la médecine occidentale. Nous croyons qu’il faut, ici, entendre le terme de modalité comme on le fait en musique. Des manières différentes de décliner une même gamme. Des façons différentes de faire de la musique à partir du même ensemble de notes et d’accords : comme l’on peut distinguer, en occident, musique classique, jazz, blues, etc.

 

Définir l'homéopathie suppose de redéfinir la « médecine classique » :

En fait, mieux approcher l’identité de l'homéopathie amène à reconsidérer ce qu’est réellement ce qu’on a coutume d’appeler « "médecine classique" ». La médecine occidentale n’est pas tant classique que d’inspiration scientifique au sens où les sciences occidentales ont pris, depuis le XVII ° siècle, la physique classique comme modèle. Or, la physique classique traite des objets situés dans l’espace et de leurs mouvements.

Ainsi, la « "médecine classique" » est-elle, avant tout, une approche de la maladie dans l’espace, avec comme identité essentielle, sa localisation. La maladie est ainsi résumable soit à un agent extérieur (tel virus ou telle bactérie responsable d’une maladie), à une lésion localisée (ulcère d’estomac, arthrose ou hernie discale), etc.

Nous proposons donc de :

è Cesser de parler de « médecine classique » pour parler de modalité objectivante de la médecine ou approche de la maladie « que l’on a » :

è Définir l'homéopathie comme modalité phénoménologique de la médecine, approche de l’être-malade (comment on est malade) :

Par phénoménologique, il faut entendre « qui prend en compte la maladie telle qu’elle est vécue par le patient et elle qu’elle se manifeste concrètement, en clinique, chez un sujet donné » avec, donc, prise en compte des relations à l’environnement (climat, relations affectives, influences des positions et mouvements du corps, des actions du sujet (toux améliorée en buvant par exemple), etc. Ici, il n’y a plus de symptômes ou de maladies purement physiques ou purement psychiques. Les deux dimensions sont continuellement tissées ensemble.

 

Conclusion :

L'homéopathie n’a pas à être définie en creux, ou contre la médecine objectivante. Elle n’a pas, non plus, à passer son temps à  se défendre des accusations lancées contre elle. Une vraie définition de l'homéopathie suppose de redéfinir, à la fois, l'homéopathie et l’allopathie.

Homéopathie et allopathie sont deux modalités médicales et ont chacune un objet propre et un champ d’action spécifique.

Ø  La médecine objectivante a pour objet le corps objectivé. Elle s’attache à soigner la maladie telle qu’on peut la représenter sous forme d’image, de courbes ou de chiffres. Y est valorisé l’aspect extérieur du malade observé par le médecin lors de l’examen clinique, les images des radiographies, scanners et autres IRM, ainsi que les paramètres et mesures des examens biologiques et des explorations fonctionnelles.

Ø  L’homéopathie a pour objet la maladie vécue. Elle s’attache préférentiellement à la façon dont le malade ressent son affection : elle ne nie pas l’importance (selon les cas, parfois mais pas toujours) des signes objectivés par l’approche « classique » mais les replace dans le contexte propre de la personne, son chemin de vie, son environnement climatique, social et psycho-affectif, sans oublier l’importance des sensations éprouvées par le patient.

 

On voit par là que ces deux approches médicales ne sont nullement antinomiques en soi. Seule, l’ignorance de leurs véritables identités respectives alimente certaines polémiques aussi inutiles que stériles.

 

PC et PM (mise en ligne février 2010).