POURQUOI HOMEOPATHIE ET PHILOSOPHIE Imprimer

Parce que l’identité de l’homéopathie n’est pas clairement définie. Parce que, trop souvent, chacun en a sa propre conception. Ce qui d’une certaine façon est une richesse, et il ne saurait être question ici de prétendre en donner « la » définition. Sa diversité, depuis ses débuts, tient beaucoup plus aux guerres d’école, et souvent à l’importation en son sein d’idées et de croyances externes, qu’à une véritable réflexion sur son identité la plus intime. Que l’homéopathie soit, comme le vivant qu’elle observe et dont elle tente d’optimiser les capacités de guérison, plurielle et diverse, est donc une réalité qu’il convient de respecter. Pour autant, cette diversité, cette multiplicité, gravite forcément autour d’un centre qui reste à définir, à circonscrire, ou au moins à esquisser. Ce à quoi nous désirons nous employer, et nous invitons nos visiteurs à nous aider.

VOICI QUELQUES UNS DES AXES DE NOTRE REFLEXION

1 – Considérer la philosophie en tant que « vision » du monde et de la vie, et réfléchir en quoi l’homéopathie peut contribuer à modifier et enrichir cette vision.

2 – Se proposer de rapprocher et de confronter l’homéopathie à telle ou telle conception philosophique. Non pour l’inscrire dans une chapelle (et là notre démarche est fondamentalement différente, nous y reviendrons, de celle de Kent), mais pour l’enrichir et développer la culture philosophique des médecins homéopathes. De ce point de vue, on n’en sait jamais trop, on n’a jamais une connaissance trop vaste de son domaine et de ses liens avec les disciplines voisines, ou au contraire, très différentes.

3 – Parce que, aussi, une connaissance authentique de l’homéopathie suppose donc de penser ses liens, ses convergences et différences avec les sciences les plus diverses (génétique, physique quantique, théorie de l’information, etc.) et toutes les sciences biologiques et humaines, en particulier la psychanalyse freudienne et la psychologie analytique jungienne. Et ce travail d’articulation est, lui aussi, philosophique.

4 – Parce que, enfin, la philosophie est, dans son sens le plus fondamental,  «  l’art de former, d’inventer, de fabriquer des concepts (1)». Or, on méconnaît trop souvent ce rôle essentiel, cette identité intime de la philosophie. Nietzsche disait : « les philosophes ne doivent plus se contenter d’accepter les concepts qu’on leur donne, pour seulement les nettoyer et les faire reluire, mais il faut qu’ils commencent par les fabriquer, les créer, les poser et persuader les hommes d’y recourir (2)». Ce que nous proposons, à notre niveau et selon nos moyens, avec l’aide de toutes les bonnes volontés, de faire ici. C’est l’occasion également pour nous d’insister sur le caractère indispensable d’une réflexion conceptuelle et d’une recherche théorique, aux côtés de la recherche expérimentale, ceci ne pouvant se faire qu’au sein de la philosophie. Cette recherche ne pourra être que critique, explorant les forces et les faiblesses de notre discipline.

Une dernière remarque : la philosophie, stricto sensu, née avec les Grecs, est occidentale. Non pas que les autres civilisations n’aient pensé et réfléchi au monde. Loin de là. Mais celles-ci avaient en vue de « connaître » le monde sagement. Elles avaient pour finalité d’atteindre la sagesse. La philosophie, elle, est « l’amour, l’ami de la sagesse ». Si ce que l’on appelle, en occident toujours, les philosophies chinoises, indiennes, ou autres, avaient (et on parfois encore) des Sages, la philosophie grecque, elle, a, de fait, entériné la mort du sage, et l’a remplacé par le Philosophe. L’occident, et le monde, y a, à la fois, beaucoup gagné et beaucoup perdu. Beaucoup gagné en efficience, en puissance et en développement de la science moderne, cette fille de la philosophie, mais beaucoup perdu en sagesse authentique.

Beaucoup de médecins homéopathes sont sensibles à cette perte et tentent de rapprocher la connaissance humaine de l’homéopathie et ces vieux fonds de sagesse. La Sagesse et la Philosophie. Le Symbole, l’Intuition, le Concept. Nous ne désirons pas, sur ce site, choisir l’un contre l’autre, l’un à l’exclusion de l’autre, mais nous cherchons à les réconcilier et à les articuler.

Bonne lecture et merci pour vos suggestions.

Philippe Colin et Philippe Marchat.

 

Références bibliographiques

  1. Gilles Deleuze et Félix Guattari ; Qu’est ce que la philosophie ? Editions de Minuit, page 8.
  2. Nietsche