COMMENTAIRES SUR L'ETUDE AUSTRALIENNE DE 2013 CONCERNANT L'HOMEOPATHIE Imprimer
Écrit par Philippe Colin   
Vendredi, 16 Mai 2014 08:45

 

 

(Effectiveness of Homeopathy for Clinical Conditions, Evaluation of the Evidence. Octobre 2013. Prepared for the NHMRC Homeopathy Working Commitee by Optum)

Plusieurs médias se sont fait l’écho d’une méta-analyse parue en Australie en octobre 2013 concernant l’efficacité de l’Homéopathie. A la suite du Guardian (quotidien Britannique, numéro du 8 avril 2014), les sites Slate.fr (Andrea Fradin, 11 avril 2014) et Rue 89 (Nima Yeqanefar et Jérôme Quirant, 25 avril 2014) ont effectué des commentaires sur cette étude.

Le but de cet article est de présenter les biais importants de cette étude et de montrer que sa conclusion est sans fondement sérieux.

Cette étude a été effectuée à la demande du National Health and Medical Research Council Australien, par une agence d’évaluation de la santé, Optum, dont le siège se situe aux USA. C’est une entreprise privée, partenaire de la Mayo Clinic (établissement privé de soins, sans but lucratif, n’utilisant pas l’homéopathie, et dont les liens avec l’industrie pharmaceutique sont inconnus). Cette agence, dans sa présentation sur son site web, parle de ses « partenaires industriels » et indique qu’elle possède une banque. Elle est spécialisée dans l’évaluation des soins et des établissements de soins, leur donnant en particulier des conseils de gestion et de rentabilisation des soins (activité ressemblant à celle de l’Agence Moody’s, bien connue par ailleurs dans les milieux financiers).

Les études cliniques et méta-analyses ont été examinées par deux personnes (« reviewers ») dont les identités et la fonction ne sont pas précisées, pas plus que leur absence de conflits d’intérêts. Leurs connaissances en Homéopathie, à la lecture de cet article, sont très sujettes à caution : ils parlent de médicament homéopathique pour des teintures-mères (Calendula) ou du gel de Capsicum (dans ces deux cas, c’est de la phytothérapie), et donnent comme exemple de traitement de la rhinite infectieuse Eupatorium perfoliatum 2DH… (Faut-il préciser que cette substance n’est pas homéopathique et qu’elle n’a aucune indication dans le traitement homéopathique de la rhinite infectieuse ?). Leur distinction entre Homéopathie classique et Homéopathie clinique est également très contestable et montre bien leur méconnaissance du problème : l’Homéopathie clinique, contrairement à ce qu’ils affirment, prend elle aussi en compte la globalité de l’individu (page 14). Par ailleurs, ils ne font aucune distinction entre des études cliniques faites avec des traitements homéopathiques individualisés, et d’autres études effectuées avec des complexes pseudo-homéopathiques comportant dans leurs formules des très basses dilutions, à la limite de posologies pondérales. Qui plus est, ils critiquent négativement le nombre de médicaments utilisés dans certaines études, rejetant l’individualisation du traitement et l’adaptation du traitement en fonction des symptômes présentés par les patients, concluant ainsi que ces études ne sont pas valables méthodologiquement (pages 182 et 266), ce qui est la négation même de la démarche homéopathique !

Ce travail élimine systématiquement toutes les études n’étant pas faites en double aveugle contre placebo, ce qui, redisons-le est très contestable.

Qui plus est, sont rejetés les travaux démontrant une différence significative en faveur du traitement homéopathique par rapport au placebo, sous prétexte qu’il n’est pas présenté d’action propre au médicament homéopathique par rapport à un état clinique de base (on suppose pourtant que la pathologie, ou les symptômes des patients, étaient bien cités dès le début dans ces articles…).

A plusieurs reprises on assiste à des glissements sémantiques pour le moins curieux : des articles qualifiés de bonne qualité sont transformés quelques lignes plus loin en articles de qualité inconnue et sont par conséquent rejetés par les auteurs (pages 193 et 216). Des articles de qualité non reportée sont déclassés comme articles de pauvre qualité (pages 63, 76, 229) et un autre article de qualité moyenne est lui aussi déclassé en article de pauvre qualité (page 231), par conséquent ne démontrant pas l’efficacité du traitement homéopathique… Une synthèse de Bellavite et al de 2011 portant sur les allergies respiratoires, les infections de l’appareil respiratoire supérieur, les troubles ORL et rhumatismaux, donnant un avis positif sur l’efficacité des traitements homéopathiques dans ces affections, mais demandant que cette étude soit confortée par d’autres études, n’est qu’à peine mentionnée page 26.

D’autres rejets sont pour le moins très discutables : efficacité dans la diarrhée soi-disant non démontrée car effectuée par une seule équipe, bien que ces études soient d’une bonne qualité méthodologique (pages 37-8). Un article en faveur de l’homéopathie a été également rejeté car les auteurs n’ont eu accès qu’au résumé (page 77)… Avec les moyens qu’ils avaient, on ne peut que s’étonner d’une telle attitude de la part de ces auteurs !

Pire encore, un article a été rejeté car les examinateurs n’ont pas bien compris la teneur de celui-ci (page 75)…

Les critères de jugement de la qualité des articles ne sont pratiquement jamais présentés. Quand ils le sont, ces auteurs peuvent se contredire, en particulier par rapport au nombre de participants aux études : un nombre de 74 patients est rejeté (page 68), un nombre de 61 participants à une autre étude accepté (page 78), et un nombre de 80 participants est accepté (page 104) !...

Une invraisemblance encore plus grave (ou coquille inacceptable ?) a été présentée, concernant des études cliniques comportant zéro participant (pages 25 et 26) dans les affections suivantes : glaucome, constipation chez l’enfant, énurésie chez l’enfant, troubles urologiques de l’homme adulte, démence, troubles de la personnalité, douleurs chroniques de la face. Où est l’erreur ? Vient-il de l’article lui-même ? De la revue ayant présenté l’article (pourtant ces revues ont des comités de lecture) ? De la base de données ? Des auteurs de ce travail ? Toujours est-il qu’il est impossible de vérifier l’existence de ces données, aucune référence n’étant donnée dans les tableaux où existent ces erreurs grossières.

Enfin, nombre d’études ne reflètent absolument pas les habitudes thérapeutiques des médecins homéopathes, du moins en France : citons la dilution 6CH de Rhus toxicodendron dans les douleurs articulaires, Hepar sulfur 4CH dans les furoncles, Calendula (dilution non précisée) dans les brûlures des second et troisième degrés, Ignatia 30CH dans le lichen plan buccal, entre autres.

A la fin de cet article, les auteurs (qui resteront anonymes jusqu’à la fin) reconnaissent quelques limites à leur étude, et regrettent en particulier que l’évaluation de l’efficacité de l’Homéopathie soit basée sur des données statistiques et non cliniques (page 286).

Ils reconnaissent également la difficulté de déterminer exactement l’action des médicaments homéopathiques, et posent les vrais problèmes que sont l’action spécifique de la consultation homéopathique (et sa différentiation avec l’action propre au médicament), et les interactions entre médecin homéopathe et patient Ajoutons que tout cela n’est pas spécifique à la consultation homéopathique, mais concerne toute relation de soin.

Ils demandent une amélioration des études concernant l’homéopathie :

- - Nombre plus élevé de participants aux études (sans préciser de chiffres).

- - Double aveugle contre placebo.

- - Amélioration de la description des essais et du suivi de ces essais et justifier davantage les comparaisons médicamenteuses (exemple de l’aspirine dans le traitement des infections aigües de l’arbre respiratoire supérieur). (Page 287).

Pour eux, les méta-analyses devraient mieux détailler la façon dont elles sont menées, présenter de façon plus précise les traitements utilisés, la longueur des suivis, les données étudiées, et leur signification statistique (même page).

Citons la conclusion dans sa totalité :

« il existe peu d’études de bonne qualité et de taille suffisante qui examinent l’efficacité de l’Homéopathie dans les pathologies chez l’homme. Les preuves disponibles (en faveur de cette efficacité) ne sont pas irréfutables, et ne permettent pas de démontrer que l’Homéopathie soit un traitement efficace pour les pathologies humaines considérées dans cet article ».

Faut-il parler de mauvaise foi, d’incompétence, de manipulation dans ce travail ? Affirmer qu’il existe peu d’études de bonne qualité est déjà très contestable au vu des méthodes employées par les auteurs, comme nous l’avons détaillé ci-dessus. En déduire qu’elles ne permettent pas de démontrer que l’Homéopathie soit efficace dans les pathologies considérées est absolument illogique. Cependant, il est vrai, qu’il est nécessaire, comme les auteurs de ce document le soulignent, de présenter des travaux de recherche plus nombreux, et ajoutons le, plus conformes à la méthodologie homéopathique.

Il faut lire ou relire à ce sujet l’article publié dans homeophilo.fr : « Propositions au sujet des essais cliniques », dans le chapitre « Homéopathie et pratiques homéopathiques ».

Quant aux commentaires lus dans les médias, ils posent plusieurs questions. L’article du Guardian (Helen Davidson) titre sur l’inefficacité de l’Homéopathie et repose seulement sur une interprétation de la conclusion de cette publication. De plus, la journaliste donne la parole uniquement à des médecins non homéopathes, sans aucune place pour des médecins homéopathes. Elle ne porte aucun regard critique sur la qualité de cette étude : a-t-elle bien lu les 300 pages du travail originel ? De quelle façon l’a-t-elle lu ? Les auteurs des articles de langue française semblent se contenter des conclusions de la journaliste Anglaise, et confondent comme elle évaluation insuffisante des traitements homéopathiques et problème de l’efficacité de l’homéopathie.

Quel est l’objectif poursuivi par les auteurs de ce travail et par les journaux qui s’en sont fait l’écho ? Et quels sont les intérêts servis par ce document de plus de 300 pages, rempli d’erreurs, de contre-sens, sans fondement sérieux, très contestable sur le plan médical et scientifique ? Cette entreprise de désinformation ne fait que s’ajouter à bien d’autres, malheureusement (consulter à ce sujet « Homéopathie et vie de la cité » sur homeophilo.fr).


Dr Philippe Colin

Mise à jour le Vendredi, 16 Mai 2014 08:52