PLURALITE, COMPLEXITE & HOMEOPATHIE Imprimer
Écrit par Philippe Colin   
Lundi, 01 Novembre 2010 13:44

PLURALITE  ET  COMPLEXITE

Quelles questions pour la médecine homéopathique ?

 

Les notions de pluralité et de complexité ont été développées ces dernières décennies, en particulier à la suite des travaux d’Edgar Morin. Il nous a paru intéressant d’étudier ce que ces notions pouvaient apporter en médecine et quelles questions elles pouvaient poser pour la médecine homéopathique.

 

I – L’être humain considéré comme être multidimensionnel

Il est de plus en plus admis que l’être humain ne peut plus être réduit à l’addition, la coexistence ou le mélange inextricable d’un corps et d’un esprit. A la suite de Robin Fortin, (1), nous pourrions considérer un minimum de cinq dimensions et d’une vingtaine de sous – dimensions, très étroitement intriquées les unes aux autres. Les différents auteurs consultés parlent régulièrement de nœud gordien (Edgar Morin en particulier, p. 33 de l’Identité Humaine), pour insister sur l’interpénétration complexe entre les différentes dimensions de l’être humain.

 

A – La dimension corporelle

Sans compter la complexité extraordinaire de l’anatomie, de la physiologie et d’une pathologie humaine considérée uniquement sous un angle organique, il existe au moins cinq sous – dimensions comprises dans la dimension corporelle :

1 – moyen de survie et d’adaptation.

2 – moyen de connaissance et d’apprentissage.

3 – source de plaisir et de souffrance.

4 – source de valorisation et d’identification.

5 – moyen d’action et de développement.

Cette dimension corporelle est reliée étroitement aux autres dimensions que nous allons résumer ci – dessous.

 

B – La dimension affective ou affectivité

Cette deuxième dimension comprend l’émotion, les sentiments, les passions, la sensibilité, le plaisir et la douleur. Soulignons, à la suite d’Edgar Morin, les liens entre affectivité et activité intellectuelle, dans un sens positif, l’affectivité pouvant stimuler l’intelligence, mais aussi en négatif, l’affectivité pouvant aveugler ou obscurcir la conscience et la pensée (L’identité humaine p.110).

 

C – La dimension mentale ou pensée

Cette troisième dimension comprend la volonté, la raison, les idées et le langage, l’imagination, la mémoire, la conscience et l’inconscient, enfin la notion de subjectivité. Pour Edgar Morin, il y a chez l’homme comme dans toute société « présence simultanée de pensée rationnelle – empirique – technique et de pensée symbolique – analogique – magique. » (L’identité humain p.55). Il convient d’y ajouter la tendance aux erreurs et aux illusions (même ouvrage p. 57). C’est l’imbrication de ces différents types de pensées qui fait la richesse et la complexité de la pensée humaine.

 

D – La dimension sociale

Cette quatrième dimension comprend le travail, les loisirs et l’économie, les valeurs (dimension morale), les notions d’appartenance, d’intégration, de communication, les croyances, idéologies et les techniques, enfin la culture et la notion d’état, de nation. Comme le dit Edgar Morin, il existe des relations dialogiques entre soi et autrui, « l’égocentrisme pouvant refouler l’altruisme et l’altruisme pouvant surmonter l’égocentrisme » (l’Identité humaine page 67). Cette relation pourra même devenir parfois dialectique, le sujet subissant « l’affrontement de deux injonctions contradictoires puissantes, l’une émanant de son égoïsme, l’autre de son altruisme, et se trouve alors soit contraint à une décision douloureuse, soit paralysé » (même ouvrage, même page).

 

E – La dimension écologique ou écosystème

Cette cinquième dimension comprend l’intégration physique et biologique, la conscience et l’action écologique, les sociétés humaines.

 

A ces cinq dimensions, nous pourrions rajouter la dimension spirituelle, trop souvent sous – estimée dans les ouvrages que nous avons consulté, ne serait-ce que parce que très fréquemment et universellement répandue sur notre terre, et qui semble primordiale pour bon nombre d’êtres humains.

Il faut également insister sur la dimension sexuelle de l’être humain, là aussi très complexe et enchevêtrée : « le masculin est dans le féminin et vice versa, génétiquement, anatomiquement, physiologiquement, psychologiquement, culturellement » (Edgar Morin, l’Identité humaine p.74). Nous rejoignons ici les idées de Carl Gustav Jung qui soulignait que l’âme féminine est constamment présente en l’homme, et que l’âme masculine est également présente chez l’homme, ceci de manière plus ou moins refoulée (cité par Edgar Morin, même ouvrage p. 75). Cette dimension sexuelle est à mettre en relation avec le patrimoine maternel et paternel que chacun d’entre nous porte en lui (même ouvrage p. 76).

Il faudrait également insister davantage sur l’imagination et l’indéterminisme, justement soulignés par Cornelius Castoriadis (Edgar Morin insiste lui aussi sur l’importance d’ l’indéterminisme, du hasard, de l’aléa, pages 250 et 261 du même ouvrage), et à tout ce qui en découle, en particulier les arts, les mythes, l’irrationnel, la folie, et en cela nous pouvons rejoindre Carl Gustav Jung. Il reste enfin le problème de l’existence et de la mort, complexe s’il en est. Edgar Morin relie d’ailleurs poésie et mort dans cette question : « Saurons –nous assez que seuls l’amour et la poésie vécus sont les ripostes capables de nous faire affronter l’angoisse et la mortalité ? » (Même ouvrage page 274).

 

Une autre manière de considérer la complexité de l’être humain est de l’étudier dans les différents milieux dans lesquels il est inscrit : familles, groupes, société(s), environnement physique et biologique ou écosystème avec ses règnes minéral, végétal et animal, environnement culturel avec les idées, connaissances et significations, symboles.

 

Nous voyons par cette exposition de la complexité de l’être humain, certainement encore incomplète, qu’il est impossible de saisir cet être humain par un seul attribut, une seule dimension : « toute réduction pèche par simplification, réduire l’être humain à une seule dimension, c’est l’appauvrir » (Robin Fortin, p.197). « L’être humain est donc un enchevêtrement de dimensions qu’il est impossible d’isoler ou d’escamoter sans atteindre à son intégrité (…) Le réductionnisme dénie à l’être humain la diversité propre qui constitue l’essence de l’être humain» (même page). Comme le dit Edgard Morin, « le glas sonne pour une théorie fermée, fragmentaire et simplifiante de l’homme. L’ère de la théorie ouverte, multidimensionnelle et complexe commence » (cité par Robin Fortin, p. 22), si bien que, pour paraphraser Albert Jacquard, présenter une réalité complexe de façon simple ne peut être qu’une trahison de cette même réalité (même ouvrage p. 29).

 

La maladie ne sera par conséquent pas uniquement corporelle, et aura un minimum de trois dimensions, somatique, psychique, et sociale, qu’il sera indispensable de prendre en compte pour tout médecin. Et comme le dit Edgar Morin (L’identité humaine p.48), « les disjonctions entre ces termes témoignent de l’état de cécité d’un mode de connaissance compartimenté ». Qui plus est, la connaissance que le médecin pourra avoir de son patient ne peut être qu’une connaissance à la fois objective et subjective : l’absence de vision et de compréhension de la subjectivité d’autrui ne peut mener qu’à la cécité et l’inhumanité (même ouvrage p. 71).

 

 

II – Pluralité, pluralisme et complexité

La question du pluralisme et de la pluralité a été réétudiée ces dernières années en philosophie des sciences, et a été développée en particulier dans un ouvrage publié récemment (Scientific pluralism, S.H. Hellert et al, University of Minnesotta Press, Minneapolis, USA, 2006). On peut lire dans l’introduction de cet ouvrage les idées suivantes.

L’idée générale est que les phénomènes naturels ne peuvent pas être expliqués complètement par une seule théorie ou complètement explorés en utilisant une seule approche. Par conséquent, de multiples approches sont requises pour l’explication et l’exploration de tels phénomènes. La façon dont le pluralisme est compris peut varier d’un penseur à l’autre et d’un sujet à l’autre, étant donné la diversité des mécanismes de la nature et le caractère hétérogène de l’ontogenèse et de l’épistémologie. Il faut citer ici quelques philosophes des sciences, tels Patrick Suppes, Nancy Cartwright, Thomas Khun, dont les travaux remontent à 1977 pour Khun, 1978 pour Suppes, 1994 pour Cartwright.

Le besoin d’une approche multidisciplinaire en science va de pair avec le pluralisme sur un plan métaphysique. Parce que l’entreprise scientifique est par elle-même un phénomène complexe, il n’existe aucune approche disciplinaire isolée qui puisse fournir un compte rendu adéquat des différents aspects, conceptuel, psychologique et cognitif, social, historique, et normatif. L’interprétation pluraliste devrait même être poussée plus loin : aucune approche uni ou multi disciplinaire ne pourra rendre compte de la totalité des phénomènes.

Les auteurs différencient pluralité en sciences et pluralisme au sujet des sciences, la pluralité concernant les faits, le pluralisme l’interprétation de ces mêmes faits : la pluralité est une caractéristique de l’état actuel de recherche dans de nombreux domaines scientifiques, ceux-ci étant caractérisés par des approches multiples, chacune révélant différentes facettes d’un même phénomène. Il peut y avoir une pluralité de schémas représentationnels ou classificateurs, de stratégies exploratrices pour y répondre. Le pluralisme est une vision de cet état de faits : que la pluralité en sciences représente probablement un caractère inéliminable de la recherche dans les domaines de la connaissance et de la recherche scientifiques, au moins en ce qui concerne certains phénomènes ; il en résulte une déficience de la connaissance si celle-ci est considérée d’un seul point de vue. Nous pouvons en déduire que l’analyse des concepts de la philosophie des sciences, comme la théorie, l’explication, l’évidence, devraient refléter la possibilité que les buts de la science (explication, recherche) peuvent mieux être accomplis par les sciences pluralistes, même à long terme.

La complexité des phénomènes génère cette pluralité d’approches scientifiques : pluralité et complexité sont donc intimement liées.

 

 

III – Pluralisme et monisme

Le monisme scientifique possède, pour les auteurs de cet ouvrage, les cinq caractéristiques suivantes :

1 – Le but ultime de la science est d’établir un compte rendu unifié, compréhensible et complet du monde naturel (ou de la partie du monde exploré par la science), basé sur un ensemble unique de principes fondamentaux.

2 – La nature du monde est tel qu’il peut, pour le moins, être complètement décrit ou expliqué par un tel exposé.

3 – Il existe, au moins en principe, des méthodes d’enquête qui peuvent apporter un tel compte-rendu, si elles sont bien utilisées.

4 – Les méthodes d’enquête doivent être acceptées sur la base de ce qu’elles peuvent apporter dans de tels exposés.

5 – Les théories et les modèles individuels en science doivent être évalués en grande part sur la base de ce qu’ils peuvent apporter comme compte-rendu complet et compréhensible basé sur ces principes fondamentaux.

 

Le pluralisme scientifique, au contraire, soutient qu’il n’existe pas d’argument définitif pour le monisme et que la multiplicité des approches ne constitue pas nécessairement un défaut. Les pluralistes n’assurent pas que le monde de la nature ne peut pas, par principe, être complètement expliqué par un exposé unique, méthodique, mais croient que cette explication est une question empirique ouverte : le fait de ne pas savoir répondre de façon ferme et définitive à cette question aboutit à la conclusion qu’il ne semble pas raisonnable d’assurer que le but ultime de la science soit d’achever un tel exposé.

 

Les monistes peuvent admettre qu’une pluralité d’approches et de modèles puissent correspondre à des standards scientifiques corrects, mais insiste sur le fait que cette pluralité n’existe que parce que nos connaissances scientifiques actuelles sont incomplètes. Le but ultime de la science selon les monistes est de donner une description complète des  caractéristiques essentielles de tout phénomène donné. Les pluralistes pensent au contraire que certains phénomènes peuvent être tellement compliqués ou nébuleux, flous, qu’il ne peut jamais exister une représentation simple et compréhensible de tout ce qui vaut la peine d’être connu, ou même de quelque chose de causal ou de fondamental au sujet de ces phénomènes.

 

Les pluralistes pensent donc que le monde est trop compliqué et trop indéterminé et nos intérêts cognitifs trop diversifiés pour que l’idéal moniste puisse être réalisé, ceci dans un vaste domaine scientifique, comprenant les mathématiques, la biologie, la physique, et les sciences du comportement. Une approche pluraliste donnera des résultats plus efficaces et plus fructueux, utilisant la flexibilité explicative qui est une des forces des sciences. Une approche moniste en limitant la compréhension des phénomènes complexes risquera au contraire de limiter l’avancement des connaissances scientifiques.

Nous devons accepter que l’explication de certains aspects des phénomènes complexes pourrait contribuer à obscurcir ou à éclaircir les autres aspects de ces phénomènes. Nous devons reconnaître qu’il n’existe peut-être pas de réponse définitive à de nombreux problèmes parmi les plus fondamentaux posés par la science.

L’objection la plus courante vis-à-vis du pluralisme est que cela pourrait mener à un relativisme indésirable. Il peut exister une multiplicité de vues admissibles, mais ces différentes vues peuvent ou doivent être rangées d’après leurs mérites respectifs. Un pluraliste ne se réjouira pas d’un échec de la recherche de principes unifiés, ou que l’existence de principes incompatibles soit une bonne chose : au contraire, des perspectives unifiantes, quand on peut les trouver, sont scientifiquement désirables sur de nombreux plans. Mais on peut considérer que des modèles basés sur des principes variés peuvent suffire, car un bonne science ne requiert pas absolument de trouver des principes universels : le fait d’employer une pluralité de perspectives a une solide justification pragmatique. Certains auteurs pensent que la biologie, en particulier, est mieux desservie en maintenant une pluralité de perspectives à différents niveaux. Cette pluralité est directement liée à la complexité des phénomènes biologiques (p.34 – 35). Ceci se retrouve également dans les disciplines concernant le comportement humain, qui est terriblement complexe, et qui bénéficie également d’une recherche caractérisée par des perspectives différentes et des méthodologies très variables. La physique quantique et les mathématiques montrent bien qu’il peut exister plusieurs solutions valables pour un même problème, et cette caractéristique peut également fort bien s’appliquer en biologie et en sciences du comportement humain. Des schémas dynamiques multiples sont à la fois permis et bienvenus, pour des raisons non seulement purement empiriques, mais également pour des raisons d’interprétation et d’explication.

Une science biologique purement mécaniste ne pourra pas apporter des informations utiles au sujet des problèmes complexes de comportement (p.102). Les auteurs, en particulier Helen Longino, rejoignent Robin Fortin en montrant dans un tableau la complexité et l’intrication de tous les facteurs pouvant influencer le comportement humain, des facteurs génétiques au statut socio-économique, en passant pas la vie intra-utérine, la physiologie et l’anatomie, l’environnement non partagé (ordre de naissance, différences d’attitudes parentales selon les enfants), l’environnement partagé (attitude des parents par rapport à la discipline, styles de communication, fonctionnement abusif ou pas). La connaissance sera améliorée par les interactions critiques entre les tenants des différentes perspectives, autant que par les interactions des recherches expérimentales dans différents domaines. Une approche pluraliste permettra donc de mieux connaître l’être humain.

Le pluralisme aborde le problème des relations entre corps et esprit d’une manière différente : les attitudes moniste et dualiste peuvent être considérée comme étant toutes les deux valides, ou valables, ou utiles dans certains domaines particuliers d’application (p.133). Un chapitre entier de l’ouvrage est consacré à ce problème (pages 132 à 166) : l’auteur, C. Wade Savage, prend comme exemple les otalgies intenses, qui peuvent correspondre à une lésion anatomique, tumeur ou infection, mais aussi être uniquement liées à un trouble psychologique ; dans le premier cas, corps et esprit sont intimement liés, et dans le deuxième cas ne pas avoir forcément de rapport évident, sinon dans certains cas une relation symbolique, la personne ne voulant pas ou ne pouvant pas entendre quelque chose. Ce même auteur laisse la question posée, concluant que sur un plan logique, on ne peut pas dire que corps et esprit soient distincts ou identiques. L’approche pluraliste permettra également de mieux étudier les problèmes liés à la différentiation sexuelle.

Contre tous ceux qui veulent proclamer que chaque discipline est comme une entreprise athlétique autonome, ou que chaque discipline est comme un sport fondamental, englobant tout, le pluraliste insistera que parfois, au moins, il y a plus d’une manière de s’entraîner.

 

Edgar Morin a une position différente, car au lieu d’opposer point par point complexité et unité, il relie les deux : « en toutes choses humaines, l’extrême diversité ne doit pas masquer l’unité, ni l’unité foncière masquer la diversité : la différence occulte l’unité, mais l’unité occulte les différences » (ouvrage cité page 59). Edgar Morin reconnaît page suivante que « la difficulté profonde est donc de concevoir l’unité du multiple, la multiplicité de l’un (…) L’unité complexe, c’est cela même, l’unité dans la diversité, la diversité dans l’unité, l’unité qui produit la diversité, la diversité qui reproduit l’unité ». Cela ne l’empêche pas de reconnaître qu’il existe « des multiplicités internes et profondes dans chaque individu » et d’affirmer la dualité du corps et de l’esprit (même ouvrage p. 78). Il termine d’ailleurs ce chapitre par cette phrase : « chacun porte en nous la multiplicité et d’innombrables potentialités tout en demeurant un individu sujet unique » (p. 85). Cette idée sera reprise page 103 : « La conscience de l’unité/diversité de la conscience elle-même rencontre la difficulté première de penser ensemble l’un et le multiple ». Nous pourrions ajouter que cette difficulté explique sans doute que certains privilégient un de ces deux types de pensée au détriment de l’autre, ce qui aboutit au fait que les uns soient monistes et les autres pluralistes, avec certainement de nombreux types intermédiaires.

 

 

IV – Homéopathie, pluralité et complexité.

Il nous faut effectuer un petit chemin en arrière pour reconsidérer comment le fondateur de la médecine homéopathique se situait par rapport à cette question. Dans notre ouvrage, la philosophie de la médecine homéopathique (Editions Atlantica, 2006), nous avons montré que la pensée Hahnemanienne semblait avant tout moniste, en recherchant une seule explication pour toutes les pathologies, et en voulant prescrire un seul remède à la fois. Ce monisme n’est toutefois pas pur et dur, bien au contraire, car Hahnemann a une vision de l’être humain tout en nuances. C’est ainsi qu’il sépare nettement le corps et l’esprit, envisageant leurs interactions en détail, attachant de l’importance aux rêves, à l’action de l’environnement. On pourrait d’ores et déjà relever une contradiction dans sa pensée, recherchant l’unité d’un côté, mais se rendant bien compte tout de même d’une certaine complexité de l’existence humaine. L’importance que Samuel Hahnemann attachait à d’autres mesures que l’administration de médicament(s), tels les conseils avisés ou les mesures hygiéno-diététiques pendant ses consultations, pourrait bien montrer que son attitude était plus nuancée dans sa pratique que dans ses écrits.

Cette recherche de l’unité en toutes choses avait semblé diviser les philosophes de l’époque d’Hahnemann, Leibniz prenant plus en compte le problème de la complexité, Kant reliant la division à l’infini à la recherche de l’unité, mais acceptant tout de même une certaine diversité, et rejetant la recherche systématique d’une unité de la nature. Par contre, Hegel nous a semblé plus à la recherche de l’unité de l’être humain (cf pages 209 et 210 de notre ouvrage), ceci étant peut-être à mettre en relation avec sa pensée dialectique et sa recherche de l’identité des contraires (p.214 du même ouvrage).

 

Au vu de tout ce qui a été écrit ces dernières années sur la complexité de l’être humain et sur l’importance d’un abord pluraliste des questions humaines, il nous a semblé important de poser quelques questions concernant notre médecine homéopathique.

Peut-on affirmer que toute pathologie puisse correspondre à la prescription d’un seul remède homéopathique dans tous les cas, sans réduire artificiellement et ainsi dénaturer la vision globale de cette même pathologie ? Ne pas trouver le bon remède homéopathique pourrait-il ne pas, dans tous les cas, signifier avoir à rechercher un autre remède, mais parfois aussi, dans certains cas, devoir chercher une association de remèdes (bien sûr comportant le plus petit nombre possible de remèdes) ?

Peut-on étudier la matière médicale homéopathique d’une manière moniste, recherchant une seule caractéristique (ou le plus petit nombre de caractéristiques) pour chaque remède, qui permettrait de le différencier plus aisément (et donc de mieux le prescrire) ?  Ne serait-il pas plus profitable d’étudier les remèdes comme des choses complexes, en recherchant une pluralité la plus complète possible de symptômes et d’indications ?

Une pluralité d’approches de la médecine homéopathique ne serait-elle pas plus profitable à l’avenir de notre discipline ? L’individualisation de la souche que favorise une attitude moniste permet certes une meilleure connaissance du remède, mais l’étude des relations entre remèdes (complémentarité ou antagonisme), que favorise une approche pluraliste pourrait-elle permettre une meilleure efficacité thérapeutique dans un nombre plus important de cas ? Une pluralité de pratiques homéopathiques pourrait-elle permettre pour chaque médecin homéopathe qui l’adopterait une amélioration de ses résultats thérapeutiques ?

Enfin, l’acceptation de ces notions de complexité et de pluralité ne pourrait-elle pas permettre de la part de chacun une meilleure reconnaissance de chaque tendance homéopathique, un dialogue fructueux qui permettrait un enrichissement mutuel ? Ces réflexions ne pourraient-elles pas s’appliquer également aux différents courants médicaux, thérapeutiques conventionnelles ou alternatives, différents courants psychanalytiques et psychothérapiques ?

Mise à jour le Lundi, 19 Mars 2012 07:28