Dialogues et Débats
REPONSE A LA "TRIBUNE DES 124" CONTRE L'HOMÉOPATHIE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Philippe Marchat   
Mardi, 27 Novembre 2018 20:15

Les attaques violentes demandant le déremboursement de l'homéopathie, voire comme en Espagne, d’empêcher tout médecin de la pratiquer, ne cessent de s’accumuler depuis plusieurs mois dans toute l’Europe. Leur argument principal est que celle-ci ne disposerait pas d’essais cliniques prouvant son efficacité, à la différence des médicaments allopathiques qui, eux, auraient largement fait leur preuve.

Or, tout ce discours, sans cesse répété, repose, très essentiellement, sur les conclusions d’un rapport unique publié en 2015, rapport de l’Agence Australienne de Santé, présenté comme ayant fait la revue de un vaste ensemble représentatif des essais cliniques consacrés à l'homéopathie, soit 1.800 environ, de par le monde.

Outre le fait qu’il n’est guère habituel, en médecine et en science, de conclure sur une seule étude, cette étude australienne montre d’inquiétantes insuffisances et souffre de graves travers.

Le premier point est qu’il n’y a pas eu un mais deux rapports consacrés à l'homéopathie par cette agence australienne et que le premier rapport, datant de juin 2012, qui semblait beaucoup plus  favorable à l’homéopathie, n’a jamais été rendu public. Et ceci, sans aucune explication.

La raison ayant amené à reprendre l’enquête est d’autant plus énigmatique qu’un expert du premier comité, le Professeur Fred Mendelsohn qui avait supervisé la démarche, avait insisté sur la grande qualité de ce premier rapport en ces termes: « Je suis impressionné par la rigueur, la minutie et l’approche systématique appliquées à cette évaluation des études publiées sur l’efficacité et les effets secondaires de l’homéopathie. (…) Globalement, de l’excellent travail a été fait dans ce rapport et les résultats sont présentés sans biais et d’une manière systématique et convaincante

Plus étrange encore, les critères d’analyse entre le premier et le deuxième rapport ont été modifiés, sans que les raisons de tels changements n’aient été justifiées, ni publiquement, ni  scientifiquement. La première enquête avait retenu 176 essais sur 1800. Des critères supplémentaires, totalement arbitraires, furent ajoutés, pour la seconde. Ce qui a permis, au final, à cause de ce resserrement jamais vu des critères de fiabilité, d’écarter encore 171 études sur les 176 retenues.

N’ont donc, au final, été prises en compte, pour évaluer l'homéopathie, que 5 études sur 1.800, pour conclure à l’absence d’efficacité de l'homéopathie ! Qui peut penser que ne conserver que 5 études sur 1.800 permet de tirer des conclusions fiables ?

Pour finir, cerises sur le gâteau. Aucun expert en homéopathie n’a été associé au comité d’analyse, ce qui est une violation des propres règles et procédures du l’Agence Australienne. Enfin, le Pr. Peter Brooks qui a dirigé l’étude a « oublié » de déclarer qu’il était membre d’un groupe de pression anti-homéopathie nommé « Friends of science in Medecine», « oubli » qui constitue rien moins que la dissimulation d’un conflit d’intérêt manifeste, le prétendu « arbitre » de l’étude s’avérant engagé dans un combat contre l'homéopathie.

En un mot, quel crédit peut-on accorder à un tel simulacre d’évaluation scientifique ? Comment oser prétendre, au vu d’un tel travail partisan, bâclé et complètement à charge, que l’inefficacité de l'homéopathie a été scientifiquement  établie ?

De plus, puisque les adversaires de l'homéopathie insistent, sans cesse, sur la faiblesse de son évaluation par rapport à la grande rigueur et fiabilité de l’évaluation des médicaments allopathiques, peut être conviendrait-il d’un peu mieux examiner celle-ci.

Concernant l’évaluation classique, examinons ce qu’en pensent d’éminentes voix du monde médical classique.

Premier exemple, le Dr. Richard Horton, éditeur en chef de la prestigieuse revue médicale The Lancet, écrit, en 2015 : « Il y a beaucoup de choses, dans la littérature scientifique médicale, peut-être la moitié, qui est tout simplement erronée. Affligée par des études ne comportant qu’un petit échantillonnage, des effets minimes, des analyses de laboratoire non valables et de flagrants conflits d’intérêts, avec, en plus, la poursuite obsessive de tendances « à la mode », la science a pris le chemin de l’obscurité ».

Le Dr. Marcia Angell, médecin et première femme à occuper le poste d’éditrice en chef du New England Medical Journal (NEMJ), un autre des plus prestigieux journaux médicaux de niveau mondial, va encore plus loin, dès 2009. « Il n’est, tout simplement, plus possible de croire une grande partie des résultats des recherches cliniques qui sont publiés, ni de nous fier au jugement de médecins experts ni aux recommandations médicales faisant autorité. Cette conclusion ne me fait pas plaisir et c’est une conclusion que j’ai atteint lentement, après deux décennies en tant qu’éditrice en chef du New England Journal of Medicine ».

Ecoutons, maintenant, une voix venue de France. Celle du Professeur Philippe Even, qui fut doyen, de 1988 à 2000, de l’hopital Necker-enfants malades, a, longtemps, été membre des commissions scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et, aussi, membre de la Commission d'autorisation de mise sur le marché.  Il  est connu, par le grand public, en tant qu’auteur, avec le Pr. Bernard Debré du « Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux". Il fut, aussi, l’un des premiers a mettre en cause l’utilisation excessive des statines face au cholestérol.

Voici ce qu’il affirme dans une interview en ligne du 5 décembre 2016 à « L’usine santé ». « Pour moi, les essais cliniques n’ont aucune fiabilité, et j’en ai lu plus de 500 ces dernières années ! C’est ce qui explique tous ces scandales en cascade : la Statine de Bayer, le Viox, le Mediator, Diane 35, la Dépakine dont on est en train de s’apercevoir que c’est une véritable catastrophe… ». Et, d’étayer son propos, en rappelant que les laboratoires pharmaceutiques réalisent, presque 100% de leurs essais cliniques sans aucun contrôle extérieur indépendant, ce qui est en complète contradiction avec tout souci de rigueur scientifique.

Et voici ce qu’il répond à ceux qui affirmeraient, éternelle ritournelle de tous les truqueurs, que la situation qu’il dénonce porte sur une situation passée, car maintenant les leçons en ont été tirées. « La réalité reste quand même que l’industrie fait ce qu’elle veut, ne publie que ce qu’elle veut… Elle choisit les critères d’efficacité qui l’arrangent et elle en change en cours d’essai quand cela ne lui convient pas. Elle a des sanctions, imposées par la Food and drug administration (FDA), dont elle se moque éperdument. La plupart du temps elle ne les paie pas et quand elle doit s’en acquitter, il s’agit de sommes complètement dérisoires (…) la réglementation est très précise mais elle n’est pas appliquée et pas réellement sanctionnée ».

Les faits nous sont, donc, bien établis et l’évaluation médicale allopathique pose, manifestement, de bien plus inquiétants et importants problèmes que celle de l'homéopathie.  Ce qui ne l’empêche pas, on l’a vu, de bénéficier, très étrangement, d’une complaisance qui contraste singulièrement avec la violence des attaques contre  l'homéopathie.

Comment expliquer cette complaisance ? Le mieux est de se touner vers d’autres propos, forts courageux, du Dr. Marcia Angell. «Personne ne connaît le montant total fourni par les sociétés pharmaceutiques aux médecins, mais j’estime d'après les rapports annuels des 9 plus grandes sociétés pharmaceutiques basées aux États-Unis qu'il en coûterait des dizaines de milliards de dollars par an en Amérique du Nord seulement. L'industrie pharmaceutique a acquis un contrôle énorme sur la manière dont les médecins évaluent et utilisent ses propres produits. Ses liens étroits avec des médecins, en particulier des professeurs chevronnés de prestigieuses facultés de médecine, ont une incidence sur les résultats de la recherche, la manière dont la médecine est pratiquée et même la définition de ce qui constitue une maladie. "

Trucages, approximations, conflits d’intérêts majeurs, « experts » qui sont juges et parties, soumissions aux intérêts industriels et économiques  sont, donc, hélas, le lot de beaucoup d’essais cliniques classiques.

Dès lors, la question s’impose de se demander si la cabale actuelle contre l'homéopathie n’a pas pour but essentiel de débarrasser l’industrie pharmaceutique mondiale, et ses 1.400 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, d’une concurrente gênante, l'homéopathie, vers laquelle de plus en plus de patients se tournent.

Car, comment expliquer, autrement, une telle campagne mondiale contre l'homéopathie ? Une telle agressivité et violence à son encontre ?

Et, sans les accuser d’être directement associés à une telle cabale, n’est-il pas temps que les accusateurs récents contre l'homéopathie rendent quelques comptes ? Peuvent ils nous expliquer leur indifférence devant l’énormité des dérives de l’évaluation médicale allopathique dénoncés par les trois auteurs sus cités, dont deux rédacteurs en chef de deux revues médicales parmi les plus prestigieuses au monde ? Pourquoi ne les entend-on jamais sur ce sujet ? Peuvent ils nous expliquer pourquoi ces insuffisances et travers de l’évaluation classique ne les scandalisent pas

Comment se fait-il qu’eux, si promptes à mettre l'homéopathie au pilori n’aient, jamais, rien à dire sur « l’évaluation classique » ? La trouvent-ils si reluisante ? Si fiable ? Si scientifique ? Est-ce là le modèle de rigueur à l’aune duquel ils jugent l'homéopathie si mal évaluée ? Que pensent-ils de la façon dont celle-ci a été évaluée par l’agence australienne ? Estiment-ils normal que la première évaluation plus favorable à l'homéopathie soit cachée à tous ? Que l’on ne parvienne pas à la faire publier ? Trouvent-ils normal qu’une deuxième étude ait été menée sans que l’on dise pourquoi la première n’était pas satisfaisante ? Pensent ils que 5 études retenues, au final, sur 1.800, permettent des conclusions fiables ? Trouvent-ils normal qu’elle ait été soumise à des critères que l’on n’applique pas à l’allopathie ? Qu’elle ait été évaluée par un activiste anti-homéopathie ayant caché son conflit d’intérêt ?

En un mot, l’urgent, concernant l’évaluation médicale, ne serait il pas, au regard des analyses des trois spécialistes « classiques » de l’évaluation que j’ai cités, plutôt que de s’hystériser sur l'homéopathie, de redéfinir toute l’évaluation médicale de fond en comble et de la rendre véritablement indépendante de l’industrie pharmaceutique ?

Que chacun soit convaincu que quand de telles conditions d’indépendance et de rigueur scientifique véritable seront mises en œuvre et garanties, tous les médecins homéopathes de France, d’Europe et du monde seront heureux de se soumettre, sans craintes et confiants, à une évaluation enfin rigoureuse et loyale de leur thérapeutique. Pour le moment, les médecins homéopathes ne peuvent que souligner la complaisance préoccupante et scandaleuse dont bénéficie l’allopathie et dénoncer l’inéquité et l’agression injustifiable dont, eux mêmes et l'homéopathie, sont l’objet.

Philippe Marchat

Texte mis en ligne me 27 novembre 2018