"MUR DE BERLIN ET DÉRIVE ÉSOTÉRIQUE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Philippe Marchat   
Dimanche, 25 Août 2019 12:16

Je lis, cette fin du mois d’aout 2019, sur le site de France-info et « Allo-docteurs » que des dilutions de « Mur de Berlin » sont disponibles et prescrites par certains médecins homéopathes ou homéopathes non médecins. Le  Pr. Edzard Ernst dénonce cette dérive et les deux sites sus nommées relaient l’information. Le fait que le Pr. Edzard Ernst soit notoirement anti-homéopathie et n’hésite pas à faire preuve, le plus souvent, d’une mauvaise foi accablante n’enlève rien au fait que sa critique est, ici, totalement justifiée.

’en parlais il y a plusieurs mois à quelques consœurs  et confrères et leur faisait part de mon inquiétude face à de telles dérives. Je fus quelque peu inquiet, à défaut d’être vraiment surpris, de la complaisance de certains d’entre eux face à de telles pratiques loufoques. Car prétendre que « Mur de Berlin » est un médicament homéopathique relève, bien évidemment, de la loufoquerie.

Sous prétexte que nous sommes constamment agressés à tord et à travers, certains pensent que la solidarité intra-homéopathique doit être sans faille. Ce à quoi j’aurais tendance à dire oui, à condition qu’il s’agisse bien d’homéopathie. Or, ici, il n’en est rien. Diluer un objet quelconque (car, ici, il ne s’agit pas du tout d’une substance, remarquons-le) et y projeter on ne sait quelles élucubrations n’a rien à voir avec l'homéopathie.

L'homéopathie repose sur un vecteur solide qui ne doit pas être inversé. Ce vecteur indique que ce est spécifique d’une substance souche peut servir de « marque », de « signe » pour soigner quelque chose d’analogue, également spécifique chez le patient.

Or, avec « Mur de Berlin » et autres idioties du même type, certains ont complètement inversé les choses et prennent leur désir (d’originalité) pour la réalité et ils prétendent que ce que eux, en tant que personnes, attribuent à la « souche » peut servir de base à une prescription. Ce qui relève, on le voit, de la tautologie et du cercle vicieux.

De plus, le mur de Berlin n’existe pas en soi. Il n’existe que pour nous. Qu’il soit de Berlin ou de trifouillis les Oies, ou de Jérusalem, qu’il fasse partie de la muraille de Chine, qu’il s’agisse du mur d’une prison, d’un cimetière ou des toilettes de la gare Saint_Lazarre (je donne ces quelques exemples au cas où certains voudraient ajouter d’autres « Mur de » à la pharmacopée homéopathique), cela n’est jamais qu’un assemblage de gravillon, ciment, sable et d’eau, etc.

Qu’il soit de Berlin, cela n’a de « signification » que pour nous et cela n’est nullement spécifique « pour le mur ». Donc cela ne constitue rien sur quoi baser une prescription quelle qu’elle soit. De même, pour Lac vaccinum, on ne cherche pas à savoir s’il agit du lait d’une vache normande ou d’une vache sacrée indienne. La vache indienne n’étant pas sacrée, en elle même, mais pour les indiens seulement.

Enfin, on utilise en homéopathie des substances souches, pas les objets fabriqués avec elles. Quand on prescrit de l’or, on ne se demande pas s’il s’agit d’or provenant d’une prothèse de molaire ou d’un beau bijou ancien. « Mur de … » de ce point de vue n’a aucun sens.

Bref, il est indispensable que l’ouverture d’esprit propre aux médecins homéopathes ne tourne pas à la complaisance envers certaines dérives inacceptables.

De plus, pour finir, quand on pense au nombre impressionnant de plantes, animaux et minéraux non encore utilisés en homéopathie, quel besoin y a-t-il de « proposer » de tels médicaments aussi « extraordinaires que ridicules, au risque de jeter le discrédit sur des milliers de praticiens sérieux et rigoureux, si ce n’est pour faire l’original et satisfaire, à très bon compte, un narcissisme qui mériterait d’être quelque peu « dilué ».

 

Mis en ligne fin aout 2019.

Mise à jour le Dimanche, 25 Août 2019 12:18