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LA DIMENSION PHENOMENOLOGIQUE DE L'HOMEOPATHIE : INTERET ET ENJEUX PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Philippe Marchat   
Vendredi, 15 Juin 2012 20:50

La dimension phénoménologique de l'homéopathie: intérêts et enjeux


Je veux revenir, ici, sur les enjeux et l’intérêt que recèle la dimension phénoménologique de l'homéopathie. En un mot, mieux expliciter ce qu’est un regard phénoménologique, ce que cela signifie, ce que l’on peut en déduire.

Qu’entendre par regard phénoménologique ?

La phénoménologie est un mouvement et une approche philosophique du monde et de la vie qu’il n’est pas question de résumer ici. Je parlerai, d’emblée, de ses implications dans le cadre médical.

Avoir une approche phénoménologique de la maladie signifie prendre celle-ci comme objet d’étude et d’observation telle qu’elle est expérimentée et vécue par le patient. Non pas, disons, étudier ses causes et mécanismes mais en saisir, au plus intime, les manifestations, l’apparaître, comment elle se donne à voir (par un observateur externe) et comment elle s’éprouve (par le malade). Je citerai quelques phrases et idées qui permettent de bien comprendre ceci. 
Maurice Merleau-Ponty disait que, d’un point de vue phénoménologique, «il s’agit de décrire et non pas d’expliquer ni d’analyser ». On ne peut mieux dire les choses. Et, c’est précisément ce que fait l'homéopathie.
Cela permet, également, de situer le rapport de l'homéopathie aux données médicales scientifiques et aux données de l’univers « psy ». Voyons c e qu’il dit à ce sujet. On croirait qu’il parle de l'homéopathie. D’un point de vue phénoménologique, « ce qu’il faut, c’est procéder à la description directe de notre expérience telle qu’elle est et sans aucun égard à sa genèse psychologique et aux explications causales ».
Pour la phénoménologie, il s’agit de revenir « aux choses mêmes ». Ceci a été le grand leitmotiv de la phénoménologie. Pour nous, il s’agit donc de revenir à la maladie même, c'est à dire à la maladie vécue et éprouvée par le patient. Maladie vécue que l'homéopathie prend en compte, et je n’y insiste pas, ici, au travers du jeu des sensations, modalités, localisations, causalités, etc.


Qu’est-ce que cela permet de comprendre ?


Le positionnement relatif de l'homéopathie et de l’approche classique se simplifie et s’éclaircit. Les deux approches apparaissent, alors, beaucoup plus clairement complémentaires qu’antagonistes. 
L’une, s’appuyant sur la modèle de la connaissance scientifique, s’intéresse à tout ce qu’il y a d’objectivable concernant la santé et la maladie. Ce qu’il est convenu d’appeler "médecine classique" est donc la branche, la modalité médicale qui prend en compte la part objectivable de la maladie. La maladie que l’on a, que l’on peut voir représentée en imagerie, démasquée par dosages biologiques et enregistrements para-cliniques divers.
L'homéopathie, elle,  mettant de côté cette dimension objectivée (et non pas objective, la nuance est importante !) prend en compte la maladie vécue, la maladie en tant qu’être-malade.
Comprenons bien que les connaissances objectivées « classiques » ne sont pas la vérité de la maladie. Et, le vécu du patient, n’est nullement faux et sans intérêt. Les deux approches sont, au contraire, dans un rapport très intime. En effet, « si, aujourd’hui, la connaissance de la maladie par le médecin peut prévenir l’expérience de la maladie par le malade, c’est parce qu’autrefois,  la seconde a suscité, a appelé la première ». Ceci pour dire, par exemple, que l’intérêt des signes électrocardiographiques ou coronarographiques annonciateurs du risque d’infarctus du myocarde (IDM), aussi intéressants, utiles et capitaux soient-ils, ne disqualifient pas, pour autant, les manifestations cliniques et vécues de l’IDM.
La dimension phénoménologique de l'homéopathie permet encore d’affiner, et, surtout, de sortir les relations homéopathie/allopathie de tout caractère inutilement polémique.
En effet, nous l’avons vu, un regard authentiquement phénoménologique nécessite une « mise entre parenthèses de la science ». Ceci, bien compris, signifie que l’originalité et l’indépendance du regard homéopathique par rapport aux données classiques est légitime et preuve de sa rigueur. Ceci signifie que, concrètement, pour soigner un allergique, on peut mettre de côté les résultats des tests allergiques, comme pour soigner un asthme, une polyarthrite chronique évolutive, une maladie de Crohn, etc. l'homéopathie se doit de mettre de côté les données classiques pour se concentrer, en accord avec sa dimension phénoménologique, sur la maladie telle que la vit le patient.
Reste, par contre, à bien saisir que cette « mise entre parenthèses », n’a nullement valeur de contestation des données scientifiques. Ne confondons pas mettre entre parenthèses et invalider ces données.
Ensuite, cette mise entre parenthèses ne doit ni ne peut se faire de façon  apriori. Tout n’est pas soignable par homéopathie. Devant tout cas, s’impose donc la nécessité d’un diagnostic médical. Ensuite, le médecin homéopathe doit prendre en compte toutes les données dont il dispose, y compris, bien évidemment, les données objectivées « classiques ». Et, c’est à lui, alors, de juger si le cas relève, ou non, des possibilités thérapeutiques de l'homéopathie. Ce n’est qu’alors, quand la décision de soigner par homéopathie est prise, que la nécessité de « mettre la science entre parenthèses », s’impose. Pas avant.
Ceci montre, s’il en était besoin, que l’on ne pourrait se satisfaire d’une homéopathie ouvrant ses rangs aux  non médecins puisque la décision d’avoir recours à l'homéopathie passe, par définition, par deux actes médicaux préalable : le diagnostic nosologique et celui de l’indication de l'homéopathie.


La légitimité du regard phénoménologique


La phénoménologie est un grand et prestigieux courant philosophique. Pouvoir s’y référer est une force et un avantage dont l'homéopathie n’a pas, jusqu’à ce jour, su tiré parti.
La démarche homéopathique y trouve une logique, un cadre et un bien fondé théoriques.
La phénoménologie, qui consiste à « revenir aux choses mêmes », obéit à une logique différente de la démarche  scientifique.  Il serait bon que nous sachions expliciter cette différence. Je pense que, de ce point de vue, ce que je rappelle, ici, est du plus grand intérêt.
Les deux démarches sont, par ailleurs, dans des relations très intimes puisque « revenir aux choses mêmes, c’est revenir à ce monde avant la connaissance dont la connaissance parle toujours et à l’égard duquel toute détermination scientifique est abstraite, significative et dépendante, comme la géographie à l’égard du paysage où nous avons d’abord appris ce qu’est une forêt, une prairie, une rivière ».
En un mot, ne perdons pas de vue, et ne laissons pas la médecine objectivante perdre de vue, que sa démarche d’objectivation et d’abstraction scientifique se fait à partir d’un vécu fondamental et fondateur qu’elle n’invalide nullement.  Que donc, la démarche homéopathique colle au plus près de ce qui fonde la démarche « classique ». C’est donc essentiellement par ignorance qu’homéopathie et « approche classique » cèdent, trop souvent, à la polémique.
En effet, la dimension du monde vécu, donc de la maladie vécue, est tout à fait fondamentale.Ce que rappelle fort opportunément Maurice Merleau-Ponty. « Tout ce que je sais du monde, même par science, je le sais à partir d’une vue mienne, ou d’une expérience du monde sans laquelle les symboles de la science ne voudraient rien dire. Tout l’univers de la science est construit sur le monde vécu ».
Nous n’avons pas à douter de la légitimité de notre démarche. Et la réalité et la valeur de la maladie vécue que l'homéopathie prend en compte sont certaines. Comme le dit Maurice Merleau-Ponty sur le bien fondé de la démarche phénoménologique. « Il ne faut pas se demander si nous percevons vraiment un monde, il faut dire au contraire : le monde est cela que nous percevons ». De même, pouvons nous dire : il ne faut pas se demander si l'homéopathie observe vraiment la maladie, il faut dire au contraire : la maladie est cela que l'homéopathie observe. Ce qui, bien évidemment, n’ôte rien à l’intérêt des connaissances objectivées que la médecine scientifique tire de son regard singulier sur la maladie.
N’oublions simplement jamais que la science est objectivation du monde et de la vie. Elle en est dérivée. Et si elle en met au jour, et révèle, des aspects invisibles, tout à fait essentiels, pour autant, ceux-ci n’invalident pas l’intérêt de la prise en compte du vécu du malade.
Reste, bien sur, ouverte la question du mode d’action, de la nature des dilutions homéopathiques. Qu’il me soit permis de rappeler que cette question, premièrement, est totalement indépendante de notre propos. Deuxièmement, et surtout, dois-je rappeler qu’il s’agit d’une question, à proprement parler, scientifique et que c’est à la communauté scientifique d’en rendre compte. Pas à la communauté homéopathique.

Mis en ligne : juin 2012