Rédacteurs



L'HOMEOPATHIE FACE AU PLACEBO : ENTRETIEN AVEC GENEVIEVE ZIEGEL PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Philippe Marchat   
Jeudi, 31 Octobre 2013 10:28

L'HOMEOPATHIE FACE AU PLACEBO

PM : J’ai lu ton livre « l’homéopathie face au placebo », dense et passionnant, et aimerais que tu nous dises, en quelques mots, quelles sont, les deux ou trois idées que tu as voulu mettre en avant ?

G.Z : 1-La première consiste dans le fait que, si l’homéopathie a aussi une dimension placebo, comme cela est le cas dans tout processus de soin faisant intervenir un médicament, l’homéopathie n’est pas un placebo. Ceux qui n’en connaissent pas les particularités s’évertuent à le faire croire, en utilisant un terme qui suggère deux aspects qu’ils veulent voir collés à  la discipline hahnemannienne ; à savoir la suggestion, la croyance, la religion, mais aussi le mensonge et, à partir de là, la prééminence de ce qui est rationnel, explicable, reproductible, areligieux -donc juste- et un rejet de l’obscurantisme, de la religion et avec eux des ‘mages’ et ‘devins’ bonimenteurs qui utilisent l’ignorance des petites gens…

2-La seconde idée consiste dans le fait que la présence de ces deux dimensions ‘placebo’ et ‘non placebo’, c'est-à-dire pharmacologiquement active, est susceptible d’ouvrir des voies à la recherche sur bien des plans : elle peut permettre une compréhension plus fine de certaines particularités impossibles à éclairer avec les perspectives classiques actuelles.

P.M : Peux tu nous définir ce qu’est un placebo, ce qu’est l’effet placebo ? Ainsi, nous pourrons, dans un deuxième temps, voir si l’homéopathie est un placebo,

G.Z : Placebo :

C’est le premier mot des vêpres des morts chantées par des gens modestes, payés pour montrer du chagrin devant la disparition d’un être dont le décès devait être religieusement accompagné ;

C’est aussi ce que ‘l’on donne au patient pour lui faire plaisir’.

Ainsi, c’est un mot à connotation péjorative qui introduit une notion de supercherie et de leurre.

Philippe Marchat : Puisque l’efficacité de l’homéopathie ne tient pas au seul effet placebo, peut être pourras-tu nous expliquer pourquoi, selon toi, on lie l’homéopathie au placebo?

Geneviève Ziegel : Cette connotation placebo, donc de factice et de mensonge, accolée à l’homéopathie a deux origines :

La première est liée à la non compréhension de ce qui donne à l’homéopathie sa vertu curative :

-Au-delà du nombre d’Avogadro l’absence de toute trace chiffrable de produit dans le solvant, fait penser qu’il n’y est plus ; donc cela alimente l’idée d’un « effet placebo ». Pourtant les travaux réalisés sur les hautes dilutions de substances montrent qu’elles ont une action et qu’elle est reproductible : les travaux du GIRI( groupe de recherche sur l’infinitésimal qui regroupe des chercheurs venus du monde entier) l’ont mis en évidence de façon indéniable sur les plantes et les souris. Si la manière dont le processus se déroule reste pour le moment mystérieuse, malgré les hypothèses avancées, notamment celle d’un passage ‘d’information’- ce qui n’a pour le moment pas été infirmé-cette action des hautes dilutions- qui ne constitue pas en soi, la preuve de l’action de l’homéopathie en tant que telle -est vérifiée.

- De plus et c’est là aussi un des écueils auquel se heurtent les recherches cliniques actuelles, les expérimentations cliniques concernant les effets des dilutions de produits homéopathiques ne peuvent être réalisées en utilisant les mêmes processus que ceux en vigueur pour vérifier et soutenir l’effet des médicaments classiques. En homéopathie, même s’il présente un même type de pathologie, chaque patient nécessite un médicament spécifique et une stratégie particulière. Chaque sujet hyperactif ou présentant une dermatose ou un trouble particulier nécessitera un traitement spécifique. Si par exemple un sujet est anxieux, a un eczéma ou des infections urinaires, il recevra la médication adaptée à son trouble et à sa manière de le présenter ou d’y réagir. De ce fait, si, en homéopathie, la manière dont sont conduites les expérimentations est aussi rigoureuse que pour les médicaments allopathiques, celles qui sont faites pour vérifier son efficacité dans tel ou tel type de pathologie doit se faire avec le ou les médicaments correspondant à chaque patient, et non pas - comme cela est fait pour les médicaments classiques- avec le même médicament pour tous. Cela commence à se faire, avec des résultats tout à fait intéressants : des enfants traités en homéopathie pour leur hyperactivité ont vu leurs troubles  régresser de façon patente : les signes du TDH/A ont été colligés et comme cela se fait pour les médicaments classiques, leur présence mesurée et réévaluée après traitement. Chaque enfant traité l’a été de manière spécifique avec, si nécessaire, changement de médicament en fonction du tableau clinique…L’expérimentation clinique a été probante et effectuée avec les mêmes protocoles que celles effectuées pour des médicaments classiques, à la différence près que les enfants ont reçu des médicaments homéopathiques différents, revus pour chacun en cours d’expérimentation, et changés si nécessaire…

La deuxième origine de cette assimilation de l’homéopathie au placebo est liée à la connotation religieuse au sens large du terme qui y est associée de manière implicite et parfois, vu certains courants qui en ont traversé l’évolution pour en modifier certains aspects, explicite :

-Elle évoque les médecines traditionnelles et leur lien au sacré ;

-Le coté populaire introduit de manière subtile par le fait que des pleureuses étaient payées de quelques piécettes pour leur chant et leur chagrin simulé, ne confère pas un visage des plus ‘sérieux’ à ce qui entoure la notion de placebo…Il n’est pas sans avoir un impact sur la manière dont est perçue de manière plus ou moins consciente la discipline hahnemannienne.

-Certaines transformations inhérentes à la manière dont cette dernière a été véhiculée et modifiée après Hahnemann, n’ont fait qu’accentuer une défiance par rapport à son message, initialement délié de toute connotation religieuse : Hahnemann était certes croyant, comme tout médecin de son époque, mais il avait aussi une formation de chimiste. Il s’était clairement éloigné des enseignements de Paracelse et de ce qui en dérivait ; de plus, sa rigueur était telle qu’il était même en guerre contre les mélanges de substances susceptibles d’induire en erreur dans le travail expérimental qu’il mettait en place et de favoriser une confusion dans leur action respective. Il le reprochait d’ailleurs avec vigueur aux médecins de son époque... Donc, tout en ayant ses propres convictions religieuses, il ne les jamais mélangées à sa théorisation, comme cela a pu être fait par la suite.

P.M : Tu parles aussi de lien avec la recherche…Qu’est-ce qui ouvre des voies à la recherche ? L'homéopathie ? Son lien au placebo ? Peux-tu expliciter ton idée ?

GZ : Sur le plan pratique, l’homéopathie en elle-même et sur le plan théorique, son lien avec le placebo :

De fait, sur le plan pratique, un lien entre profils pathogénétiques homéopathiques et antidépresseurs a pu être mis en lumière… La question se pose de savoir quel paramètre commun est susceptible de les relier ? Ce serait là une voie intéressante pour la recherche et pour un meilleur ciblage de la molécule (allopathique tu veux dire ?) en matière d’indication et de dose utile.

Par ailleurs, les intolérances plus rapides de certains sujets à certaines molécules, soulèvent la question des sensibilités individuelles. Ces dernières sont repérables au travers des sujets bons répondeurs  évoqués par Hahnemann, et mis plus tard sous la qualification de « types sensibles ».

L’intolérance au Roaccutane®, certaines réactions plus tardives au Temesta® auquel le sujet manifeste une sorte d’intolérance’ psychologique,  amenant le désir aussi incompréhensible qu’irrépressible du sujet à vouloir s’en débarrasser le plus rapidement possible, permettent de comprendre plus précisément la raison de ce rejet anxieux et d’anticiper la réaction. Tout se passe comme si, alors qu’il réagissait très bien à une faible quantité de cette molécule très active chez lui, faute d’en espacer la prise, comme cela a été d’ailleurs préconisé par le Laboratoire qui le commercialisait, il développait des signes d’intolérance, tels ceux observés lors des expérimentations pathogénétiques homéopathiques.

Sur le plan théorique, une certaine cohérence se dégage du lien corps- psyché : elle va  à l’encontre de cet adjectif de placebo accolé à l’homéopathie:

En effet, certains profils et certaines diathèses qualifiées de façon simple d’imprégnations ‘miasmatiques’, se voient davantage prédisposées à certaines pathologies physiques et psychiques… Or, le mode de comportement et ce qui ressort de la dynamique psychique de certains sujets trouve un écho à la fois dans le lien corps psyché qui se repère au travers des diathèses et dans ce qui ressort de certaines données de la psychanalyse avec, notamment, une forme de correspondance avec ce que celle-ci qualifie de structure psychique.

Donc, si la dimension placebo inhérente à tout processus soignant, se retrouve aussi en homéopathie, cela ne lui y confère pas une plus grande place.

P.M : Le lien au placebo éclaire-t-il cette « obéissance » aux lois du vivant évoquée précédemment ? Et à quelles lois du vivant, fais tu référence ?

G.Z : Non !Le lien au placebo n’a rien à voir avec ce qui est introduit par cette obéissance aux lois du vivant, je dirai, bien au contraire…Une logique existe au cœur de l’homéopathie qui illustre celle inhérente aux lois du vivant dont parle la philosophe Agnès Lagache…L’homéopathie en applique certains aspects ; de la même façon que le loup mime sa mort pour montrer à son adversaire qu’il se soumet et lui indique ainsi de ne pas le tuer, la pathogénésie du médicament homéopathique procède de la même  manière : elle donne à l’organisme une image du trouble à corriger et, au travers de sa présentation diluée, lui indique que l’information donnée, ne doit pas être prise au pied de la lettre, mais comme une information significative destinée à corriger le trouble. Cette présentation en miroir et sous une forme diluée, indique à l’organisme de considérer non pas l’aspect toxique de la substance, mais son aspect curateur…L’énergie conférée à la dynamisation permet à l’organisme de réaliser ce transfert de sens dans le but de se donner la possibilité de se guérir du trouble.

P.M : Je ne vois pas en quoi le lien potentiel de l'homéopathie, - en a-t-elle, et lequel ?- avec les médecines traditionnelles, nous éclaire sur son application des Lois du vivant.  Pour toi, quelles sont ces Lois du vivant ?

G.Z : Le fait que l’homéopathie soit considérée comme faisant partie des médecines traditionnelles et que ces dernières soient explicitement ancrées dans leur lien avec la nature et ce qui constitue le Vivant dont elles respectent, sinon illustrent les Lois, favorise ainsi le fait qu’elle puisse, comme bien d’entre elles, être qualifiée de placebo.

Les lois du vivant telles qu’elles se dégagent du comportement signifiant des loups ou des oies cendrées pour montrer ce qu’il convient de faire sont appliquées en homéopathie : en indiquant en miroir d’une manière signifiante à l’organisme d’en intégrer le message dans son aspect soignant et non pas toxique, les signes pathogénétiques du médicament homéopathique en similitude avec le trouble présenté par le sujet, se conforment aux lois du vivant, tout comme le font les loups ou les oies cendrées.

P.M : J’entends bien ce point, et y ai souvent réfléchi mais quelque chose pose semble-t-il problème. L’on donne une dilution d’une substance susceptible de donner des troubles similaires à ceux du patient alors, comment cette substance « informe-t-elle » l’organisme ?

G.Z : C’est bien là le problème, l’on ne le sait pas : cette notion d’information de l’organisme par la substance diluée, dynamisée, en similitude- donc en analogie serrée et sur plusieurs niveaux avec le trouble- est l’hypothèse proposée par les Professeurs Agnes Lagache philosophe et Madeleine Bastide immunologiste. Elle n’a, pour le moment, pas été infirmée.

P.M : Personnellement, il y a un point très important concernant le placebo qui me semble négligé, même -et peut être surtout- par les détracteurs de l’homéopathie. C’est que cet ‘effet placebo’, présent dans toute prescription, y compris allopathique, montre la réalité des capacités d’auto-guérison de l’être humain. Dès lors qu’il pense qu’une substance va l’aider à guérir, ou aller mieux,  l’être humain « mobilise » visiblement ses capacités d’auto-guérison.

Il semblerait donc logique et souhaitable, en tout cas, très utile, d’essayer d’optimiser, de mieux solliciter les capacités d’auto-guérison du vivant et, sans doute, l’action de l’homéopathie, aide-t-elle l’organisme, dès lors qu’il a été informé du trouble qu’il présente, à mettre en œuvre ses moyens d’autodéfense.

Ceci dit, j’aimerais que tu me donnes un éclaircissement supplémentaire sur ta pensée lorsque tu dis : « L’homéopathie a une dimension qui s’inscrit dans  passé, et aussi dans le futur ; d’où son importance ". Peux-tu en dire davantage ?

GZ : L’homéopathie rappelle le passé et les médecines traditionnelles dans ce qu’elles peuvent révéler à partir d’observations réalisées au fil du temps et d’une expérience transmise et basée sur des années d’utilisation ; mais elle rappelle aussi que ces dernières peuvent être éclairées par des moyens plus modernes pour en saisir le sens ou en montrer les failles, erreurs ou au contraire la validité…Ainsi, certains points restés flous ou déviés de leur sens initial…Analogie, similitude par exemple, peuvent être davantage précisés et explicités, pour donner toute sa valeur à la pensée d’Hahnemann et en montrer la justesse, la modernité et les étonnantes potentialités en matière de soin et de recherche, dans bien des axes.

Donc l'homéopathie s’inscrit dans le passé, parce qu’elle nous invite à examiner certains des espaces thérapeutiques inhérents aux médecines dites traditionnelles ; dans le futur, parce qu’elle n’a pas délivré tout son message : elle peut ouvrir des espaces de réflexion et d’exploration qui touchent les médicaments allopathiques et homéopathiques certes ; mais aussi la médecine dans son ensemble.

P.M : D’après toi, j’insiste, j’en suis conscient, pourquoi - au sens de pour quelles raisons et dans quel but- lie-t-on l'homéopathie au placebo ?

G.Z : L‘homéopathie n’est pas une science mais un art. Elle dérange –dé-range- dans la mesure où elle présente tout comme la psychanalyse à laquelle l’on fait les mêmes reproches, un aspect qui échappe sur bien des points…Les chemins pris par l’information curative ne sont pas connus ; les expérimentations de ses médicaments, si elles sont réalisées avec la même rigueur que pour les substances allopathiques, ne peuvent se voir appliquées les mêmes règles. Hormis pour des protocoles portant sur un nombre très limité de caractéristiques, qui justifient souvent de basses ou moyennes dilutions à effet limité et local ou de hautes dilutions d’une même substance expérimentées sur les plantes, elle implique une manière spécifique de réaliser l’expérimentation : à savoir, pour un lot de sujets donnés, la nécessité de donner des médicaments différents pour chacun. Hormis pour une épidémie ou pour un lot d’animaux atteints d’une même pathologie dont les principaux signes doivent être en similitude avec le ou les médicaments proposés, le médicament à proposer n’est pas identique pour chaque sujet, même si le diagnostic porté sur chacun d’entre eux est identique…Ainsi, tous les états dépressifs ne justifient pas de Sepia ou de Psorinum, même si ces profils y sont prédisposés, tous les troubles d’hyperactivité ne justifient pas de la prescription de Tarentula, Argentum nitricum ou Aurum. C’est là tout l’art et l’aspect étonnant de l’homéopathie que de le mettre en lumière ; d’où la dénomination de placebo qui lui est associée, puisqu’elle parait ici échapper à toute compréhension et qu’elle nécessite une adaptation des règles en cours dans la dynamique de la pensée actuelle.

P.M : Merci Geneviève pour tes éclaircissements. Ne retse qu’à conseiller aux leceurs désirant en savoir plus la lecture de ton livre. On ne peut que les inviter, aussi, à aller surfer sur ton site « homeopsy ».

Notes :

Geneviève Ziegel est psychiatre homéopathe. Elle exerce à Montpellier, a été « l’élève » et surtout l’amie de Jacqueline Barbancey et est l’auteur de plusieurs livres faisant référence en psychiatrie homéopathique.

« L’homéopahie face au placebo », paru en 2005 et les autres livres de Geneviève Ziegel sont disponibles, par exemple, sur le site des éditions Narayana.

Mise à jour le Mardi, 28 Février 2017 14:18